Akif, trait d’union entre les Bulgares de Cureghem

Akif, trait d’union entre les Bulgares de Cureghem

Akif, trait d’union entre les Bulgares de Cureghem

Nadège Carlier, Camille Crucifix, María De Blas, Morad Hamdane, Klaudia Kariakos
20 décembre 2016

Près de 400 Bulgares vivent à Cureghem, quartier interculturel d’Anderlecht. En 2010, un commerçant d’origine turque constate une augmentation de cette communauté dans le quartier, due principalement à l’intégration des pays d’Europe de l’Est dans l’Union européenne. Il décide alors d’ouvrir le magasin Sofia.

Akif, employé de ce lieu de vie, de rencontre et d’entraide, fait figure de pilier dans la communauté. Vendeur officiellement, mais assistant social et traducteur officieusement, le Bulgare occupe différentes fonctions au service de ses clients et amis. Rencontre dans la boutique, située au 86 rue de Fiennes.


 

Akif a réalisé cette sculpture en alliant horloge et fil de fer et horloge.

A l’entrée du magasin Sofia, un autocollant “Bienvenue” accueille les clients. Le pas de la porte franchi, les emballages de produits bulgares dessinent une mosaïque colorée et chaleureuse, qui contraste avec la grisaille pluvieuse à l’extérieur. Sur les étagères et les murs, des sculptures en fil de fer et des dessins de chevaux et de paysages donnent au commerce une allure familiale. Dans un coin, des journaux oubliés s’empilent depuis plusieurs mois.

Akif, employé du magasin et créateur de ces œuvres, attend patiemment derrière son comptoir. “Bonjour”, lance-t-il gaiement. Les clients, peu nombreux ce jour-là, se réunissent et discutent en bulgare. Certains s’étonnent de notre présence et demandent ce que nous faisons là. 

Après quelques minutes passées dans la boutique, nous engageons la conversation avec Akif. 

Akif a quitté la Bulgarie en 2008 pour rejoindre son frère à Bruxelles. A son arrivée en Belgique, il commence à travailler bénévolement dans une maison de retraite. Comme la majorité de ses compatriotes, il fait ses courses chez Sofia, situé à deux rues de chez lui. En 2012, il franchit le pas et laisse son statut de client récurrent pour celui d’employé à temps plein.

L'assistant social de la communauté
Akif ne voulait pas être ferrailleur en Belgique. Client habitué de Sofia durant des mois, il est passé aujourd'hui de l'autre côté du comptoir.

 

Akif semble connaître sa clientèle depuis toujours. « Ce sont mes amis », déclare-t-il avec générosité. A Ludogoret, sa ville d’origine située dans le nord-est de la Bulgarie, Akif travaillait comme assistant social. Faute d’équivalence de diplôme, il a dû faire une croix sur cette profession. Il murmure : « Ça me manque… Je ne sais pas pourquoi mais j’aime les gens. » 

De temps à autre, Akif retrouve sa vocation première. Certains clients poussent la porte pour venir aux nouvelles ou chercher de l’aide. Si je peux, je le fais”, détaille Akif. C’est le cas de cet homme qui entre dans le magasin pour acheter des saucisses. Akif s’exclame : « Les saucisses, c’est ce qui se vend le plus ici… Et ah, les Carapils ! C’est encore plus ! C’est pas bulgare mais c’est pas cher, c’est pour ça ! » Mais la nourriture n’est pas la raison principale de la venue du client. Celui-ci vient faire traduire un document en néerlandais. Parlant quatre langues, Akif s’exécute.

Si un client a besoin d’un conseil d’ordre médical, le commerçant de 45 ans dispose d’une liste de médecins parlant le bulgare.

 

Le médiateur du quartier

Travailleur zélé, Akif lutte aussi contre les clichés dans le quartier. Il tient à préciser que les Bulgares ne sont pas des fainéants. Pour appuyer ses propos, il attrape l’un de ses copains dans la rue et l’amène dans le magasin. “C’était un professeur à l’université en Bulgarie !” L’homme a finalement dû renoncer à cette fonction en arrivant en Belgique.

A Cureghem, la communauté rom bulgare fait régulièrement face aux critiques. Parmi les motifs, se trouvent les pipas. Une fois les graines de cet amuse-bouche décortiquées, les coques salées peuvent parsemer le trottoir, provoquant le mécontentement du voisinage. Dans un esprit de médiation, l’ingénieux commerçant accompagne désormais chaque sachet de pipas d’un sac pour les déchets.

Même si Akif songe parfois à retourner en Bulgarie, il reste profondément attaché à son quartier. Le magasin Sofia, lui, reste son petit coin de pays.

 

BruXitizen : Les identités de Cureghem sous les projos

Ce reportage s’inscrit dans le projet BruXitizen 2016 qui avait pour thème “Jeunes : identités sous contrôle ?”. Bruxitizen s’est penché cette année sur le quartier de Cureghem, à Anderlecht.

Ce quartier, souvent mis en avant dans les médias pour ses «déficits», possède pourtant de nombreux atouts et une longue histoire d’accueil des populations immigrées. Plus qu’un quartier populaire, Cureghem agit comme un point d’entrée dans la ville pour les migrants.Et en tant que «quartier de transit», il est le témoin de dynamiques sociales et économiques étonnantes. Conséquence de c es incessants va-et-vient sur son sol, Cureghem constitue aussi le terreau d’identités multiples.

À l’heure où les questions identitaires ressurgissent en force sur la place publique (repli identitaire post-attentats; montée du populisme à nos portes comme de l’autre côté de l’océan), l’Agence Alter a choisi de s’immerger dans la richesse des identités de Cureghem.

À travers le regard des jeunes qui y habitent. Par le biais de la plume, du micro et du regard aiguisé d’autres jeunes, étudiants en journalisme de l’Université Saint-Louis, de Institut supérieur de formation sociale et de communication (ISFSC) et de l’Institut des hautes études des Communications sociales (IHECS) via le Bruxelles Bondy Blog.

Encadrés par des journalistes de l’Agence Alter, des photographes du collectif Krasnyi, l’illustratrice Lucie Castel et les professionnels de l’audiovisuel de l’asbl Gsara, ces étudiants ont pris le pouls de Cureghem, de ses jeunes habitants, de ses travailleurs sociaux, pour vous proposer cinq publications journalistiques «long format» sur la question des identités à Cureghem. Des productions multiformes alliant l’image, le texte et le son à découvrir sur https://www.altermedialab.be 

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