14/11
2018
par groupe de détenu.e.s de la prison de Mons

Dissonances carcérales

En entamant le travail en atelier avec les détenu.e.s, l’idée était d’explorer le vocabulaire spécifique à la prison. Et d’utiliser l’enregistrement sonore comme outil pour canaliser le flux d’une parole qui fuse, les va-et-vient de leurs pensées. Pour conserver, aussi, une trace fidèle de leurs propos. Au fur et à mesure des séances, les échanges ont pris une dimension large, légère par moments, profonde bien souvent. Les témoignages récoltés touchaient à une gamme de mots à portée plus universelle, qui faisaient sens dans la vie des participants à cet atelier. Dans leur vie d’avant la prison, leur vie actuelle, mais aussi leur vie future, les projetant dans l’ailleurs et l’après.

Nous nous sommes adaptés pour tisser des contenus sur la base des définitions singulières formulées par chaque participant.e., avec l’émergence d’une liste de mots récurrents et certains termes plus « techniques » spécifiques au monde carcéral, régulièrement cités par les détenu.e.s. Nous les avons rapprochés des définitions plus officielles.

Selon le dictionnaire Larousse, le terme « dissonance » se définit comme un manque d’harmonie, un désaccord entre des idées, des caractères, des sentiments. La dissonance qui ressort des propos des détenus et que nous reproduisons ici repose sur la mise en tension des mots tels que définis dans les pages du dictionnaire, les mots tels que conçus et vécus dans le monde extérieur, par contraste avec les idées, toutes subjectives et imprégnées de leur vécu, que s’en font les personnes incarcérées. Autant d’échos parfois très cacophoniques, de ce qui devrait être et n’est pas ou peu ou presque pas…

(source : Larousse en ligne)

Amitié :

– Sentiment d’affection entre deux personnes ; attachement, sympathie qu’une personne témoigne à une autre 

– Bienveillance, gentillesse, courtoisie chaleureuse manifestées dans les relations sociales, privées, mondaines :  Fais-nous l’amitié de venir dîner.

– Relations entre collectivités fondées sur le bon voisinage, la bonne entente, la collaboration

(source : Larousse en ligne)

 « L’amitié, c’est possible en prison. Et pas que des mauvaises amitiés, des mauvaises relations. Il faut faire des choix : chacun choisit son chemin en prison. Il y a des gens qui font ami-ami avec d’autres pour avoir des renseignements pour certains trucs, comment ouvrir une voiture, un coffre.»

«  En prison, on peut rencontrer des amis. Une personne, tu peux la fréquenter tous les matins. Une fois libéré on te demande pourquoi tu fréquentes d’anciens détenus. Parfois on peut les considérer comme des frères, on a vécu plus de temps avec eux qu’avec nos frères. Ça peut être négatif comme positif. »

« Ça n’existe pas. C’est mon pote d’enfance qui m’a mis ici. Moi j’arrive même plus à faire confiance. J’ai plus besoin d’amitié. Je peux m’en passer. Même les gens bien, je me méfie. Et il fait être méfiant comme ça on évite des problèmes, beaucoup de choses. Je me suis construit un mur. J’aime bien être dans mon coin, dans ma bulle à moi.»

« Il ne faut surtout pas s’occuper des histoires des autres. Parfois, j’en ai marre de cette bande d’imbéciles, ça peut aller tant dans le ridicule que dans l’abject.»

Amour :

– Inclination d’une personne pour une autre, de caractère passionnel et/ou sexuel.

– Liaison, aventure amoureuse, sentimentale, galante.

« C’est la raison pour laquelle que je suis ici. Par amour. J’y crois jusqu’au bout même si ça fait mal. »

« L’amour, ça existe ici, comme n’importe où. C’est possible partout. »

« Je mate. Je mate, je regarde. La première chose que je regarde chez un homme, c’est ses mains, ses fesses. Pendant les visites, pendant les mouvements. Par courrier interne, certains noms de détenus circulent. »

« Je pense et j’en suis même sûr, la prison vous enlève quelque chose. Vous avez beau aimer, il y a un truc qui se referme en vous. C’est cette carapace qui se forme autour de vous. Une fois que cette carapace est là, vous ne pouvez plus l’enlever. Est-ce que c’est l’amour, les sentiments que vous perdez ? Je ne sais pas. il y a truc qui s’enlève et ce n’est pas bien du tout. »

« Ça fait sept ans que je suis avec la même femme. on s’aime, elle m’aime, mais aimer, c’est un grand mot quand l’un des deux est en prison. oui, on peut se voir quelques heures mais ce n’est pas assez. on ne peut pas dire qu’on forme toujours un couple. Mais les sentiments sont là et passent au-dessus de ces murs. »

 

Beauté :

Qualité de quelqu’un, de quelque chose qui est beau, conforme à un idéal esthétique.

« La beauté, ce sont mes enfants. Quand je regarde les photos de mes enfants, je me dis qu’il n’y a que ça de beau. Sinon, il n’y a rien de beau ici. Vous ne trouverez rien de beau. »

Cachot :

– Cellule généralement située dans les sous-sols des prisons, où sont enfermés les détenus ayant enfreint le règlement intérieur ; la punition elle-même.

– Pièce exiguë où l’on enferme des personnes punies en les isolant.

« À l’époque, à chaque fois que je buvais, que je m’ennuyais, j’allais au cachot. J’en ai fait des allers-retours en deux ans. Je le faisais même exprès. Je n’en ai rien à foutre de votre cellule vide. C’est la même chose que d’être en cellule, t’es quand même enfermé. On te met dedans et tu ne vaux rien. Après on s’étonne que les gens, ils sortent et ils recommencent leurs conneries. »

« C’est déjà la merde dans toutes les ailes mais le cachot de l’aile D est atroce. On a un petit matelas coupé en deux, rempli de bactéries, on n’a pas d’air. La couverture n’est jamais lavée. Tu peux aller au cachot pour n’importe quelle connerie. Mais il faut savoir qu’il y a du cachot abusif : par exemple, on m’agresse quand je vais au préau, alors je me défends. on me dit que je n’ai pas le droit de me défendre, que je dois attendre le chef. »

« Le cachot c’est ce qu’on appelle la cellule de réflexion. Ça n’est pas une cellule : c’est un cachot, c’est froid, c’est lugubre. Placer une détenue là, c’est une sorte d’exclusion du reste de la prison, pour qu’elle se calme. Le cachot, ça peut s’infliger à une détenue pour des raisons des fois mimines, ça dépend du chef de quartier qui est là ce jour-là. »

 

Casier :

Meuble de rangement, ou partie de meuble, présentant un ensemble de cases ouvertes juxtaposées.

– Service qui procède au classement et à la conservation des relevés des contributions.

« Pour la réinsertion, on a toujours le casier qui nous suit et qui nous met beaucoup de barrières. Il faut tomber sur un patron qui n’a pas de préjugés. »

Cuisine :

– Action, art d’apprêter les aliments, d’élaborer des mets. – Manière particulière de préparer les aliments.
cfr infra > Évasion

« Je ne mange pas ce qu’on sert à la prison. Faut dire au directeur qu’il change un peu le menu. C’est toujours le menu de “1.800, je ne sais pas combien” et on est en 2018. C’est dégueulasse, on ne nous donne pas à manger convenablement tous les jours. »

« Je fais toujours à manger moi-même. ici, pour vivre bien, c’est minimum 500, 600 euros par mois pour faire ses cantines et pouvoir bien manger. »

« Quand on n’a pas d’argent pour la cantine, on ne sait pas acheter ce qu’on veut. On doit faire à manger avec ce qu’ils nous donnent sur le chariot, c’est pire que la Croix rouge. »

Évasion :

– Action de s’évader d’un lieu où l’on est retenu.
– Action de se soustraire à l’emprise de quelque chose, à la monotonie, à la fatigue de la vie quotidienne.

« Personnellement, la musique me détend, ça m’aide à m’évader, ça permet de se rappeler des bons moments qu’on a passé dehors. »

« Pour s’échapper d’ici, il y en a qui dessinent. Parfois, je dessine, je cuisine, j’ai fait l’acquisition d’une guitare pour apprendre moi- même. La musique, la radio, ça permet d’évacuer tout ce qu’on a comme rancœur entre autres. »

« Quand je suis en cuisine, j’oublie que je suis en prison, je me fais des beaux petits plats, j’essaie d’oublier les barreaux qui sont dans la cellule. Je range mes assiettes comme si j’étais au restau. C’est mon petit plaisir. J’achète tout moi-même, j’ai un four, je suis équipé, j’ai tous les ustensiles, j’ai même une poche à douilles pour faire mes pâtisseries. avec un peu d’argent du travail et l’aide de la famille, j’ai pu acheter tout ce qu’il fallait pour cuisiner. »

« Quand je mange un plat, ça me rappelle beaucoup de choses, les moments en famille, les moments avec mon épouse. »

Famille :

– Ensemble des personnes unies par un lien de parenté ou d’alliance ; Famille proche, éloignée.

« C’est l’une des choses les plus importantes quand tu es en prison. »

« La famille est là, jusqu’au bout, quoi qu’il arrive. J’ai que la famille, personne d’autre. Ici, y’a pas les copains. »

« J’ai fait 10 ans fermes : ma mère m’accompagne depuis le début. ma compagne d’avant m’a suivi pendant 8 ans puis elle a craqué, c’est normal je la comprends. Heureusement que ma famille est derrière, sinon je ne sais pas si j’aurais été devant vous là mainte- nant. C’est un plus d’avoir une famille qui pense à vous, qui vous envoie de temps en temps un petit mandat, qui vous achète une paire de chaussures. Ça réchauffe le cœur.»

« J’ai honte de voir ma mère venir à la visite. attendre 1h30 devant la porte. ils vivent au maroc. Mais quand ils viennent ici, je leur demande de ne pas venir. mes frères, je leur demande de venir de temps en temps. »

« Je vois des gens ici qui ont de la famille dehors, mais elle ne les soutient pas. Personne ne vient les voir, personne ne les appelle, c’est triste. »

Justice :

– Principe moral qui exige le respect du droit et de l’équité ; Faire régner la justice.

– Droit de dire ce qui est légalement juste ou injuste, condamnable ou non, ce qui est le droit ; Exercer la justice avec rigueur, impartialité.

– Institution chargée d’exercer le pouvoir judiciaire, d’appliquer le droit; Poursuivre quelqu’un en justice.

« J’ai envie de pleurer, faut pas me parler de justice. »

« J’ai rien vu de juste dans la justice. »

« Justice c’est un grand mot. on est condamné par notre appa- rence, notre style de vie. Je peux avoir volé une voiture et mon voisin vole une voiture plus chère. Je vais prendre plus que lui. Là il y a un gros problème, on ne me juge pas pour le délit, mais selon ce que j’ai fait avant, mon apparence… Y’a de la justice pour certains et pour d’autres pas. »

« Moi je paie pour les erreurs que j’ai faites. J’ai eu une lourde peine, je ne minimise pas les faits. La justice est là, une chance sinon ce serait un pays de non-droit, ce serait encore plus le bordel. Mais ils devraient prendre en considération le tout. ils devraient prendre le temps avant de condamner quelqu’un. »

« Je ne dis pas que j’ai été condamné pour rien. Je suis d’accord que la justice soit là pour nous freiner dans notre élan de banditisme ou de violence. Mais on est quand même des êtres humains et on doit nous tendre une perche. On ne nous aide pas. on doit se débrouiller par nous-mêmes, malgré les années d’incarcération. » « La prison, c’est le dernier des recours. Si on condamne quelqu’un à la prison, ça doit être la dernière solution possible. »

Langage :

– Capacité, observée chez tous les hommes, d’exprimer leur pensée et de communiquer au moyen d’un système de signes vocaux et éventuellement graphiques.

 

« Le problème ici en prison, les quelques premiers mois, nous avons constaté lors de notre incarcération – je ne suis pas la seule dans le cas – qu’après X temps, il y avait un souci par rapport au langage. Nous avons des difficultés à nous exprimer, à trouver nos mots, des pertes de mémoire, des troubles de la parole. C’est dû au fait que nous sommes enfermées 24h/24 et que beaucoup ne lisent pas. Je n’aime pas lire. Ça me fatigue au bout de cinq, dix minutes. Le seul livre que je lis, c’est la Bible. »

Paracétamol :

– Médicament d’usage courant, utilisé comme analgésique (contre la douleur) et comme antipyrétique (contre la fièvre).

« En prison, ta bite est molle ? Paracétamol ! »

« Des problèmes aux intestins ? Paracétamol ! »

« Tu es dépressive ? Paracétamol ! »

« Tu t’es fait arracher une dent ? Paracétamol ! »

« Tu manques de vitamines ? Paracétamol ! »

« Tu es en manque de drogues ? Paracétamol ! »

« Une carie vraiment pourrie ? Paracétamol ! »
« T’es vraiment vraiment déprimé, t’as essayé de te suicider ? Double Paracétamol et … cachot ! »

« Tu n’es jamais envoyé à l’infirmerie parce qu’on ne sait jamais que tu pourrais voler du Paracétamol ! »

Préjugé :

-Jugement sur quelqu’un, quelque chose, qui est formé à l’avance selon certains critères personnels et qui oriente en bien ou en mal les dispositions d’esprit à l’égard de cette personne, de cette chose.

– Opinion adoptée sans examen, souvent imposée par le milieu, l’éducation.

« Les gens dans mon entourage ne comprennent pas la détresse qu’il peut y avoir dans notre vie. ils trouvent qu’on est un peu extrêmes dans notre façon de réagir. Personne ne peut com- prendre, tant que tu ne le vis pas. on ne peut pas leur reprocher, on a fait des conneries. Par exemple, quand je fais des démarches à l’extérieur, les gens croient qu’on a internet ici. mais ce n’est pas vrai. Toutes les démarches, on les fait seuls, en passant par l’assistant social. »

« Je suis totalement contre les préjugés du type : “Les prisonniers sont à la cool, nourris, logés blanchis par le contribuable”. Je ne suis pas d’accord avec le système carcéral, la manière dont il fonctionne. La prison, un camp de vacances ? C’est un camp de vacances pour celui qui n’a rien compris… »

« Personne dans ma famille n’a été en prison. J’ai donc une coupure familiale. Je ne vois plus que mon fils. Je cache ma détention. Quand je me présente chez un patron et qu’il ne me demande pas mon ‘Bonne vie et mœurs’, je n’en parle pas. J’essaie la plupart du temps de le cacher. Je l’ai caché à mon propriétaire, il l’a appris mais heureusement, j’ai eu de la chance : il n’a pas été choqué. en même temps, j’assume qui je suis, j’assume ce que j’ai fait. il faut pour avancer. »

Propreté :

– Qualité de ce qui est net, exempt de saleté.
– Qualité de quelqu’un qui est soigneux de sa personne, propre dans sa manière de traiter les objets, qui veille à tenir nette sa maison: Manger avec propreté.

« Ca dépend que de toi. Si t‘es propre, où que tu ailles, tu seras propre. Si t’es sale, où que t’ailles, tu seras sale. on peut te mettre n’importe où, dans un hôtel cinq étoiles, si t’es sale, ça deviendra un hôtel moins cinq étoiles. »

« Si je sais me laver tous les jours, je me lave. Comme ça, je me sens bien propre, je me sens moi. Parce que si je commence à me laisser aller, y’a du laisser-aller et je n’aime pas ça. »

« En plus, avec tout ce qu’il y a des fois des punaises, ça me rend parano, ça me motive encore plus pour nettoyer. Tous les jours, je dois nettoyer à l’eau de javel. »

« L’environnement, c’est important parce que tu vis dans ton espace vital, tu vois. Si toi t’es propre et que c’est crade partout, ben, tu peux être sale comme ta cellule. Quand tu fais, c’est tout ou rien qu’il faut faire. »

« Ceux qui travaillent ont des douches tous les jours. »

Réinsertion :

Insérer de nouveau quelque chose quelque part ; Réinsérer un maillon dans la chaîne.

– Agir pour que quelqu’un (handicapé, délinquant, drogué, etc.) puisse se réadapter à la vie sociale.

« La réinsertion, c’est quoi pour moi ? Bonheur et complication ! »

« On verra ce que ça donne quand je sors, si je peux me reconstruire. Après tant d’années, on ne sait pas. Je n’ai pas d’envie, je n’ai envie de rien.»

« La réinsertion, j’y crois, c’est obligé, c’est notre but dans la vie. La Belgique ne met pas à disposition ce qui fait le mot réinsertion. moi, je sors : j’ai ma famille, j’ai ma compagne, j’ai mon apparte- ment, j’ai ma voiture, j’ai mon travail. mais pour d’autres, ce n’est pas le cas. Donc, quand ils sortent d’ici, on ne leur donne même pas le ticket de bus ou le ticket de train, ils doivent voler pour rentrer chez eux… Pour moi, ce n’est pas de la réinsertion. »

« Si le ministre compétent pouvait réfléchir et se poser la question : “Que deviennent les détenus après dix ans de prison ?” On ne leur donne pas de travail, on les met au CPaS, certains n’ont même pas droit au CPaS, pas de droit au chômage. »

« J’y crois à notre réinsertion, mais cette réinsertion, on la fait nous-mêmes. »

« Je sais que la réinsertion est possible. Pourtant la prison ne peut que me donner le déclic de redevenir ce que j’étais auparavant, de faire les conneries que je faisais. Y’en a qui s’en sortent, mais y’en a aussi qui font des connaissances qui deviennent encore plus délinquants qu’avant. La prison, c’est l’école du crime. Un voleur d’autoradio se retrouve à fréquenter un braqueur, un meurtrier qui forment une équipe : ils sortent, ils se retrouvent à aller braquer ensemble. C’est la vérité, c’est triste à dire. J’ai connu des gens qui se sont rencontrés en prison et qui sont retombés ensemble pour des faits encore plus graves. »

Santé :

– État de bon fonctionnement de l’organisme.
– État sanitaire des membres d’une collectivité.

« On s’en fout de ma santé. on s’en fout de moi. Si on ne prend pas soin de moi, pourquoi je dois me soucier des autres ? C’est comme ça qu’on devient des animaux. »

« Parlons-en de santé, on a le temps de crever ici. Moi à l’extérieur, quand j’ai un problème de santé, je suis la première à foncer chez le médecin. Je fais très attention à ma santé. ici, on met une éternité à réagir. J’ai un souci aux intestins depuis six mois. après un premier examen en prison, on m’a dit qu’il n’y avait rien. Je suis obligée de passer un deuxième examen. Dans un hôpital. Quand on me transfère dans un hôpital, c’est en fourgon, avec des menottes. C’est gênant. Donc j’arrive avec la tête baissée. on m’a prescrit un traitement suite à l’examen. il n’y a pas de suivi. »

Servant :

– Soldat affecté au service d’une arme (servant de canon, de mitrailleuse, de mortier, par exemple).

– Clerc ou laïque qui assiste le prêtre à la messe.

« À 6h30, je sers le café aux gens. on est payé 210 euros par mois. Je bosse tous les jours de 6h du matin à 7h du soir. »
« Si on a un bon servant, on aura une plus belle détention. »

Solidarité :

– Rapport existant entre des personnes qui, ayant une communauté d’intérêts, sont liées les unes aux autres.

– Sentiment d’un devoir moral envers les autres membres d’un groupe, fondé sur l’identité de situation, d’intérêts.

« La solidarité, c’est bien et ce n’est pas bien. Les détenus sont solidaires entre eux, comme les agents sont solidaires entre eux. Il peut y avoir des tensions, mais les fois où ils doivent être ensemble, ils le font. »

« Côté femmes, c’est plus facile d’être solidaires. Une femme a plus de facilité à se con er à ses codétenues, ou même à un agent. Chez les hommes, il y a un rapport de force. »

« Heureusement que la solidarité existe en prison. Sinon, on serait au bout de notre vie. On vous enferme, vous ne connaissez personne. Cette solidarité-là nous permet parfois de faire de bonnes rencontres. Car en prison, il y a beaucoup de talents. J’ai vu des joueurs de foot, des ingénieurs, des médecins, ils ont juste fait une erreur dans leur vie, il se sont retrouvés en prison. »

« Avant on était plus soudés. Par exemple, on mettait quelqu’un au cachot et tout le préau faisait un mouvement pour la personne qui était au cachot : on ne rentrait pas du préau, on restait là, on appelait la direction : “Comment ça se fait qu’il est au cachot autant de temps ?” »

Temps:

–  Durée plus ou moins dé nie, dont quelqu’un dispose.

–  Notion fondamentale conçue comme un milieu in ni dans lequel se succèdent les événements.

 – Mouvement ininterrompu par lequel le présent devient le passé, considéré souvent comme une force agissant sur le monde, sur les êtres.

« Les trois quarts des détenus n’ont même pas l’heure en cellule. Ils savent à peu près l’heure qu’il est… On s’ordonne avec les visites, c’est comme ça qu’on voit l’heure. Sur une section de 100 personnes, 10 ont une montre, les purgeurs quoi… »

« Il faut dire que quand t’es nouveau, que tu rentres, tu comptes les jours, tu fais des croix dans le calendrier. avec les années, ça passe. Moi, j’ai été quelques mois de cavale, j’avais l’impression que les jours étaient plus longs dehors. ici, j’ai mon hygiène de vie, je me lave, je déjeune, je vais au sport, je fais un manger dans ma cellule, sieste, il est 15 heures, je sors au préau, je rentre, je fais à manger, je ne vois pas les jours passer. C’est une routine, une façon de faire pour pas trop voir passer les journées… »

« Moi quand je sors dehors, c’est comme si j’étais toujours en 2015, je suis perdu avec le temps, vu qu’on m’a enfermé tellement de temps ici. Je suis perdu avec la réalité, je suis perdu avec beaucoup de choses. Je me dis, j’ai perdu toute ma jeunesse, tout mon temps, beaucoup d’argent ici. on ne sait plus rattraper le temps. » « en prison, on cultive la patience. Je suis en paix avec la peine qui m’a été in igée… J’ai commencé à rattraper le temps depuis que je suis ici. »

Visite :

– Fait de se rendre auprès de quelqu’un pour lui tenir compagnie, s’entretenir avec lui, prendre de ses nouvelles, etc. : Vos visites se font rares.

« Je connais des lles qui n’ont pas d’entourage familial. il est possible d’avoir un visiteur social, ce sont des personnes âgées qui prennent leur temps pour passer du temps avec les détenus. C’est juste pour parler, c’est un soutien moral. »

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