15/10
2015
par Nat De Roeck et Cédric Vallet

Mal manger n’est pas une fatalité!

  • Françoise, du Groupe de soutien, au squat de la poissonnerie : récupérer, cuisiner, partager des repas même si l'on ne peut pas payer, parce que ni le gaspillage ni la faim ne sont compatibles avec la dignité humaine. (© Collectif Krasnyi)
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Les maladies liées à une mauvaise alimentation sont plus répandues chez les personnes en situation de précarité. Pourtant, mal manger n’est pas une fatalité. Du côté de l’aide alimentaire fournie aux personnes précaires, les choses bougent. Et l’offre de produits plus sains commence (peu à peu) à croître.

Bien manger est un luxe. Un luxe que ne peuvent pas se permettre les personnes en situation de surendettement. Ou si peu. Pour se nourrir, il leur faut souvent se tourner vers des organisations d’aide alimentaire. Acheter des vivres à moindre coût dans une épicerie sociale. Manger un repas chaud dans un restaurant social. Ou recevoir un «colis alimentaire». Dans tous les cas de figure, il faut franchir ce cap et dépasser le sentiment de gêne qui lui est accolé. Puis faire avec ce qu’on vous donne, quelle qu’en soit la qualité.

La qualité, justement. Est-ce une préoccupation qui anime la centaine d’associations qui distribuent l’aide alimentaire sur Bruxelles? Est-ce un souci des personnes précaires elles-mêmes? On sait que les populations fragilisées souffrent davantage d’obésité, de diabète, de maladies liées à une mauvaise alimentation, comme le rappelle la Fédération des services sociaux (FDSS). «C’est terriblement difficile de manger sainement lorsqu’on est en situation de précarité, confirme Sabine Fronville, des Restos du cœur à Saint-Gilles. Les choix se font en fonction du budget, mais aussi des frustrations. Un lien a été fait entre le stress, l’anxiété, la malbouffe et la santé en général.»

Le prix élevé des aliments sains est souvent avancé comme facteur explicatif des choix alimentaires, poussant les plus pauvres vers des produits transformés «bas standing» de l’industrie agroalimentaire. Un facteur qui devrait être relativisé. Déborah Myaux, de la FDSS, insiste sur le fait qu’«en prenant le temps de cuisiner, il est possible de se nourrir avec des produits de saison, ou avec des légumes secs qui peuvent remplacer la viande, à des prix très abordables, voire moins élevés que ceux proposés pour les plats préparés». Et petit à petit, on trouve davantage de produits sains, des produits frais, dans les associations d’aide alimentaire.

Davantage de produits au rayon frais

Marilène Gaspart est responsable de l’épicerie sociale de la Croix-Rouge à Forest. Elle note qu’«il existe une réelle demande des bénéficiaires pour plus de produits frais». Une demande qui rencontre peu à peu une offre, car «les choses changent aujourd’hui. Delhaize, par exemple, va nous donner davantage de produits frais», constate-t-elle. Alfons De Vadder, administrateur délégué de la Fédération belge des banques alimentaires, confirme, chiffres à l’appui, que la quantité de produits frais reçus par les banques alimentaires (avant distribution aux associations de leurs réseaux), a crû spectaculairement: «Depuis deux ans, nous en recevons beaucoup plus, alors qu’il s’agissait de notre faiblesse par le passé: 949 tonnes en 2014 contre 319 en 2013.» Cette tendance, constatée par la plupart des connaisseurs de l’aide alimentaire, s’explique en partie par l’exonération, décidée en juillet 2013, de la TVA pour les dons effectués aux banques alimentaires. Ce qui a encouragé les grandes surfaces à donner plutôt que jeter.

Une aide très disparate

Davantage de produits frais! Une bonne nouvelle qui n’est pas toujours constatée sur le terrain. Les personnes qui ont recours à l’aide alimentaire ont souvent l’impression d’être confrontées à des produits plutôt saturés de graisses et de sucre. «La réalité de l’aide alimentaire est très disparate, concède Alfons De Vadder. Tout dépend de l’association à laquelle on s’adresse. Dans certaines associations, on ne trouve que des boîtes de conserve.»

Car gérer un stock de produits frais nécessite des moyens tant logistiques que de conservation. Il faut aller chercher régulièrement les produits. Les ramener, les stocker au réfrigérateur, voire au congélateur. Autant d’efforts pas évidents à fournir dans des associations qui «tournent» essentiellement grâce à l’aide de bénévoles.

On se rabat alors sur des boîtes de conserve. Celles que l’on trouve dans les fameux «colis alimentaires». Dans certaines associations, les bénéficiaires n’ont aucun choix sur leur contenu. Certains produits peu ragoûtants sont aujourd’hui passés dans la «légende», souvent moqués par les bénéficiaires et une partie du secteur associatif. On pense aux carbonnades flamandes en boîte, connues pour leur faible teneur en viande – tendance plastique à mastiquer – et leur grande quantité de gras et de sucres ajoutés.

Bon nombre de ces produits sont distribués dans le cadre du Fonds européen d’aide aux plus démunis, via le service public fédéral Intégration sociale. «Il s’agit des produits qui constituent la base de l’aide alimentaire, témoigne Brigitte Grisar, de la FDSS. Ils n’ont pas toujours la qualité nutritionnelle appropriée.»

La FDSS s’est penchée de très près sur la question. Vu la piètre qualité des produits distribués, l’association est intervenue auprès des pouvoirs publics pour que les aliments proposés soient changés. «Nous avons soumis une nouvelle liste et nous avons été entendus pour 11 produits sur 14», détaille Brigitte Grisar. La FDSS peut donc se targuer d’un réel succès. Ces prochaines semaines, les compotes reçues dans le cadre de l’aide alimentaire devraient être moins sucrées. Les confitures aussi.
Quant aux fameuses carbonnades flamandes, elles seront remplacées par du poulet basquaise; peut-être pas la panacée. Mais un «petit pas» franchi vers une alimentation de meilleure qualité, accessible à ceux qui d’ordinaire n’ont pas les moyens de bien se nourrir.

Making of

Nat en a bientôt fini avec sa médiation de dettes. Pas forcément avec les difficultés qui vont avec. Et parmi elles, l’alimentation. Le regard, parfois jugeant, des bénévoles de l’aide alimentaire, les difficultés à se nourrir sainement, la possibilité d’être considéré comme un «client» et plus comme un bénéficiaire «pauvre», sont des thèmes qui lui tiennent à cœur, comme autant d’expériences délicates qu’elle et ses connaissances ont dû affronter. C’est donc tout naturellement que Nat a voulu en savoir plus, à travers plusieurs rencontres et interviews. Nous permettant de mieux comprendre ce qu’est l’aide alimentaire aujourd’hui.

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