Sur les murs de ma ville
Je suis Ketsia Shemisi, une étudiante en troisième année de bachelier en sciences politiques à l’Université Saint-Louis à Bruxelles. Dans le cadre de mon cours d’atelier photo sur le thème de la liberté, j’ai eu l’honneur de rejoindre le Collectif 8 mars, une association féministe. Le Collectif, en pleine organisation de la grève du 8 mars, a décidé d’organiser des ateliers pancartes au cours desquels quelques dizaines de personnes, et moi-même, avons pris part. Ainsi, j’ai décidé d’analyser la liberté par le prisme de la liberté d’expression, et plus précisément la liberté de s’exprimer « sur les murs de la ville » au moyen de pancartes et d’affiches. Au cours de ce travail, j’ai eu l’occasion d’interroger des personnes, de prendre part à l’élaboration des pancartes et à la grève du 8 mars.
À quelques jours de la manifestation, une vingtaine de militantes se sont réunies à Saint-Gilles pour concevoir des pancartes porteuses de messages engagés pour la marche féministe. Slogans féministes, dessins revendicatifs et jeux de mots percutants prennent forme dans une ambiance collective et créative. Chacune apporte ses idées et ses couleurs pour exprimer ses revendications, qu’il s’agisse de l’égalité des genres, des droits des femmes ou de l’inceste.
Certaines pancartes sont particulièrement marquantes. L’une d’elles met en lumière une statistique alarmante : « Deux ou trois enfants par classe de CM2 subissent de l’inceste par un membre de la famille. On doit les écouter. » Cette statistique ressort d’une étude française portant sur les violences sexuelles intrafamiliales sur les enfants. Cette année, une partie du Collectif a décidé de porter la voix des enfants victimes d’inceste en créant des pancartes centrées sur le sujet.
En parallèle de ces créations visuelles, le Collectif a décidé de personnaliser des tee-shirts avec des messages engagés afin de récolter des fonds pour financer ses activités. Chaque design est pensé pour porter haut les valeurs du féminisme et de la justice sociale, transformant ces vêtements en véritables supports de revendication. En plus d’être un moyen d’autofinancement, cette initiative permet aussi de diffuser des slogans percutants bien au-delà des manifestations. Ces tee-shirts deviennent des symboles d’engagement, visibles au quotidien, permettant à tout le monde, peu importe le sexe, d’affirmer ses convictions et de prolonger la lutte dans l’espace public.
Le jour de la grève, le 8 mars, la gare Centrale de Bruxelles est devenue le théâtre d’une mobilisation forte et engagée. Lors de la manifestation pour les droits des femmes, une manifestante insiste sur l’importance d’une mobilisation collective : « C’est aussi et avant tout l’affaire des hommes, qui doivent être partie prenante. Si ce ne sont que les femmes qui sont féministes, ça ne va pas marcher. On est tous égaux, quel que soit le genre, quels que soient la couleur de la peau, le métier que l’on fait ou l’âge que l’on a. » Selon elle, le féminisme ne devrait pas être perçu comme une lutte exclusive réservée aux femmes, mais comme une cause universelle concernant l’ensemble de la société. Sans l’engagement de tous, le combat pour l’égalité restera incomplet.
Dans cet esprit, des actions symboliques ont également eu lieu dans l’espace public. À la gare Centrale, le slogan « Leurs haines, nos mortes » a été collé par des colleuses anonymes sur les murs. Ce slogan fait référence aux violences faites aux femmes et, plus précisément, aux féminicides. Un féminicide est, par définition, « le meurtre d’une femme, d’une fille en raison de son sexe ». Le 17 mars 2025, le site féminicide.fr recense 17 féminicides commis par des hommes depuis le début de l’année.
Enfin, parmi les nombreux témoignages recueillis, une autre manifestante souligne l’importance de lier les luttes : « C’est bien d’allier toutes les luttes. Tout ça doit se faire dans une globalité. Il n’y a pas que le genre, il y a aussi l’origine ethnique à confondre avec le genre. C’est intersectoriel. » Selon elle, les combats pour l’égalité ne peuvent être menés isolément, car les oppressions sont souvent imbriquées. Le féminisme doit prendre en compte des problématiques comme le racisme, la justice sociale ou encore la crise climatique, afin de construire un monde plus juste pour toutes et tous.






