Une nouvelle forme de liberté politique et démocratique à Bruxelles?

Que faites-vous généralement le week-end à Bruxelles? Prenez-vous le temps de boire un café avec vos amis, répondre à des mails ou passer du bon temps avec votre famille? Certains, pourtant, ont été sélectionnés pour consacrer plusieurs de leurs week-ends à une mission bien particulière, qui pourrait avoir un impact déterminant sur notre avenir…

Par Emie Gousenbourger

Nous sommes le samedi 15 février à 9 h 30 du matin. Certains citoyens de la région bruxelloise se rendent au bâtiment de Bruxelles Environnement. Mais que peuvent-ils bien faire là un samedi matin?

La réponse est assez inattendue: bien que ces citoyens ne soient ni élus ni experts, ils ont pourtant entre leurs mains une mission dont l’importance pourrait bien dépasser leurs attentes… En effet, lorsqu’ils ont appris qu’ils avaient été tirés au sort parmi tous les citoyens de la région, beaucoup n’en revenaient pas. «Débattre sur le climat et proposer des recommandations? C’est dingue!»,s’exclame l’un d’eux. Ce qui surprend encore plus, c’est que l’assemblée est composée de personnes sélectionnées de manière totalement aléatoire, avec un souci de représentation maximale de la diversité bruxelloise.

Mais au fond, participer à la vie citoyenne, est-ce vraiment «dingue»? Dans nos démocraties, le droit à s’exprimer et le droit à choisir son ou ses représentants sont des piliers fondamentaux. Pourtant, de nombreux citoyens se sentent exclus du processus politique: la baisse de la participation électorale et la progression des votes protestataires illustrent ce malaise démocratique croissant. De plus en plus de citoyens dénoncent un fossé entre eux et les décideurs et réclament des espaces d’expression plus inclusifs.

Face à ce sentiment de manque de considération et d’écoute, les assemblées citoyennes se sont développées au fil des années comme un moyen de rapprocher les citoyens du processus décisionnel. La Belgique, et plus particulièrement Bruxelles, n’a pas fait exception. En 2022, la Région a lancé sa première série d’assemblées citoyennes pour le climat.

Ce dispositif s’organise en trois cycles: habitat, alimentation et consommation, chacun s’étalant sur une période de trois à six mois. L’assemblée est renouvelée à chaque cycle et les participants sont choisis sur la base de critères qui reflètent fidèlement les statistiques démographiques de la région. Ainsi, ces citoyens sont répartis en fonction de critères comme le sexe, l’âge, la langue parlée, le niveau d’éducation et l’occupation professionnelle. L’objectif est de garantir une représentation équitable de la population bruxelloise dans son ensemble. Les citoyens sélectionnés se réunissent maximum deux fois par mois durant le week-end et débattent ensemble pour formuler des recommandations concrètes. Cette année marque la troisième édition, qui porte sur la consommation.

Poser les bases pour de futurs échanges fructueux

Au programme de ce cycle en début d’année: en apprendre davantage sur les modes de consommation, échanger autour du sujet, mais aussi et surtout, proposer des recommandations au gouvernement afin de rendre la Région plus résiliente face aux changements climatiques et de favoriser des pratiques durables au quotidien. C’est ainsi que la première réunion de l’Assemblée citoyenne pour le climat a débuté ce samedi matin. Dès 9 heures, les citoyens, arrivés ponctuellement, ont été accueillis dans une ambiance conviviale, un café chaud à la main. Certains échangent déjà quelques mots, visiblement curieux de découvrir le déroulement de cette expérience inédite.

Ils se sont ensuite dirigés vers la première séance plénière, un moment clé pour poser les bases de leur mission. L’objectif de cette introduction était double: expliquer en détail le processus qu’ils allaient suivre et présenter la thématique de cette édition.  Loin d’être un simple exposé technique, cette session a aussi laissé place aux interrogations des participants, soucieux de bien comprendre leur rôle.

«Ce que j’ai préféré, c’est de rencontrer et de discuter avec toutes sortes de gens»

Pour les rassurer et les inspirer, une ancienne participante a pris la parole. Son témoignage, empreint d’enthousiasme, a su capter l’attention de l’assemblée. «Ce que j’ai préféré, c’est de rencontrer et de discuter avec toutes sortes de gens», confie-t-elle avec un sourire. Son expérience a permis aux nouveaux venus de mesurer l’impact de leur engagement et de prendre pleinement conscience de l’aventure qui les attendait. Les participants ont ensuite été amenés à s’organiser en plusieurs petits groupes définis à l’avance par les organisateurs. Ces sous-ensembles avaient été constitués de manière à être les plus hétérogènes possible afin de garantir une diversité de points de vue et une meilleure représentativité. «Le premier jour, on n’en demande pas trop aux participants, explique l’un des organisateurs. On veut surtout qu’ils comprennent pourquoi ils sont là et les enjeux du thème.»

C’est pourquoi, au sein de leur groupe, les citoyens ont commencé par se présenter et par établir ensemble des règles de bonne conduite. Une organisatrice a ensuite collecté ces règles pour les rassembler en une charte commune, que chaque participant s’est engagé à respecter en la signant.

Enfin, la prise de connaissance des enjeux a réellement débuté: de manière ludique et didactique, les citoyens ont découvert les impacts de la consommation et les défis environnementaux qu’elle soulève.

À travers un exercice collaboratif, ils ont construit une fresque retraçant le cycle de vie d’un objet, depuis sa fabrication jusqu’à son recyclage ou son abandon. Le maître-mot de ces assemblées: la liberté d’expression. Chacun a le droit d’exprimer son opinion, et celle-ci doit être écoutée et respectée.

Vers une influence citoyenne accrue sur les décisions politiques

 

C’est à travers ces différents ateliers que, sans s’en rendre compte, les participants ont commencé à échanger leurs points de vue sur la thématique, mais aussi à formuler leurs premières idées pour rendre la consommation plus durable.

Dans l’après-midi, Alain Maron, ministre bruxellois sortant de la Transition climatique et de l’Environnement (Écolo) est intervenu pour souligner l’importance de ce projet. Il a insisté sur le rôle central des citoyens dans l’élaboration de solutions concrètes, affirmant que leur implication est essentielle pour réussir la transition vers un modèle plus durable et pour façonner des politiques publiques adaptées aux besoins réels de la population.

Présent lors du vote au parlement bruxellois, où il a exprimé son soutien à l’instauration des assemblées citoyennes, il a rappelé l’ambition du gouvernement régional en matière de participation citoyenne. Cette démarche s’inscrit dans le cadre de la déclaration politique générale 2019-2024, où le gouvernement s’engageait à instaurer un débat public sur une vision «bas carbone» pour Bruxelles à l’horizon 2050. En 2022, la création de l’organe permanent de l’Assemblée citoyenne pour le climat a été validée à la suite d’une ordonnance, et en mars 2024, celle-ci a été modifiée pour intégrer de manière permanente l’Assemblée citoyenne pour le climat. Prenant le temps d’échanger avec les participants, il a répondu à leurs questions et a insisté sur l’impact réel que leurs recommandations pourraient avoir sur les politiques publiques, soulignant que ces assemblées s’inscrivent dans une dynamique de co-construction des décisions politiques.

Un moment d’échange collectif a finalement clôturé la journée. Les participants ont pu revenir sur les discussions de la journée, exprimer leurs impressions et partager déjà quelques premières idées pour des solutions durables. «Une journée assez longue et fatigante, mais très enrichissante et passionnante», confie l’une d’elles en souriant.

Ce n’était que le début d’un processus qui, dans les semaines à venir, amènerait ces citoyens à approfondir leurs réflexions et, peut-être, à influencer directement les décisions politiques à venir.

Emie Gousenbourger

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