Alice Pochart, Amina Hamama, Anaïs Lamouline, Lino Marchesi

Le parc de la Rosée de Cureghem, point de rendez-vous des réfugiés syriens Doms

Au coeur d’Anderlecht se trouve Cureghem, quartier populaire de transit pour de nombreux migrants. On y compte près de 120 nationalités différentes au sein de Cureghem. Parmi elles, les Syriens Doms arrivent nombreux depuis environ 3 ans. Mais qui sont-ils ? Cette communauté est très peu connue, et souvent comparée aux Roms. Ils sont généralement perçus comme des gitans par les habitants du quartier. Entre racisme, critiques et conflits, les Doms peinent à s’intégrer au quartier. C’est pourquoi nous nous sommes rendus sur place, curieux de comprendre les problèmes qu’ils rencontrent.

Un lieu commun

Le parc de la Rosée est un lieu de rencontre entre Doms. Même avant d’arriver à Bruxelles, bon nombre d’entre eux se passent le mot pour s’y donner rendez-vous en l’appelant le « Parc des Syriens ». Aujourd’hui c’est un espace d’attache et de regroupement pour les familles et les jeunes. Les enfants aussi viennent de leur côté, notamment pour jouer sur le terrain de foot.

Nous avons interrogé Karim, un des gardiens du parc, qui connait presque tous les enfants Doms qui viennent :

« Ici, les familles arrivent toutes ensemble avec une autre culture déjà bien ancrée. Les enfants ne souhaitaient pas vraiment arriver dans un autre pays inconnu. C’est la situation géopolitique qui les a contraints à venir. »

Une adaptation pas toujours facile…

Mais qui dit nouvelle communauté dans un quartier dit bien souvent problème d’intégration. Depuis 3 ans que les Doms sont arrivés à Cureghem, l’adaptation est difficile.

Dans le quartier, ils sont mal perçus. En cause: ils ont des modes de vie propres à leur communauté. Beaucoup étaient habitués à dormir dans des tentes et à rester dehors. Après des mois passés sur la route pour fuir la guerre, beaucoup sont chamboulés, voire déphasés. Ne pas avoir de vie normale pendant un long moment déshabitue à la sédentarité, ou encore à la propreté.« Même jeter les déchets à la poubelle n’est pas une évidence, surtout pour les enfants », nous explique Karim.

Même s’ils ont des logements à Cureghem, ils y passent peu de temps, juste pour dormir. Quand ils sortent tous ensemble du parc, ils peuvent être jusqu’à 200 devant les grilles.

L’effet de « groupe » dérange les riverains à cause du bruit et des déchets qu’ils peuvent laisser. «Entre les petits il n y a pas de problèmes, tout ce qu’ils veulent c’est jouer peu importe l’origine de leurs camarades. le problème se situe au niveau des plus grands et des familles, ceux là ne se mélangent que très peu, voir pas du tout », nous explique Karim, gardien du parc de la Rosée. 

Nécessité d’un accompagnement personnel

Nous rencontrons aussi Aziz. Animateur de quartier, il est confronté à la question des Doms au quotidien dans son travail. Il nous a évoqué le problème de la langue :

« Certains Syriens sont passés par le Maghreb et ont appris un dialecte qui leur permet de parler avec plus de personnes. Mais pour ceux qui sont venus directement de Syrie, ils parlent le domari. La langue est une barrière. »

Selon Aziz, les Doms éprouvent certaines difficultés avec les obligations administratives; avec leurs courriers surtout car ils ne les comprennent pas toujours. Ils laissent souvent passer les dates limites. Les animateurs de quartier savent qu’un réel accompagnement et un suivi personnel serait nécessaire pour chacun. Certains d’entre eux s’occupent personnellement de quelques Doms, qui pour la plupart sont sans aide. Il y a beaucoup de travail social à faire dans le quartier.

Pendant notre conversation, un petit Dom s’approche de nous et semble perdu.

« On voit souvent des tous petits, seuls dans la rue ou dans le parc sans leurs parents. Quand ils sont dans le parc ça va, mais parfois ils sont tous seuls sur la chaussée de Mons », nous explique Aziz.

Et l’école alors ? Certains enfants sont scolarisés, mais la plupart décrochent. Après des mois, voire des années de voyage, ce n’est pas évident de rester sur une chaise toute la journée et de comprendre une langue et un système scolaire qu’ils n’ont jamais connu auparavant.Certains se rendent à l’école le matin, puis vont jouer au parc l’après-midi.

Du côté des jeunes, il est difficile de trouver un travail lorsqu’ils ne parlent ni français ni anglais. Nous avons abordé Abdelhadi, un jeune Dom de 24 ans. Il est parti de Syrie , est passé par Lampedusa, puis par l’Italie, avant d’arriver à Paris puis en Belgique. Cela fait deux ans qu’il vit dans le quartier. Même avec des cours de français qu’il suit à Molenbeek, il ne trouve pas de travail. Pour lui, c’est la faute au rejet de sa communauté. Il nous explique qu’il n’y a pas de mélange entre les Doms et le reste des communautés :

« Moi, je n’ai pas de soucis avec les autres, je veux bien me mélanger, mais ce n’est pas réciproque », regrette Abdelhadi.

Vers un meilleur avenir ?

Espérons que leur intégration soit meilleure dans les années à venir. En attendant, des associations, des éducateurs et animateurs de quartier font leur possible pour les accompagner au maximum et combattre les préjugés afin de garantir un meilleur « vivre ensemble » dans le quartier.

Certains habitants que nous avons rencontrés en sont déjà convaincus.

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