Une jeunesse qui doute, une démocratie qui vacille
Ils doutent, ils s’interrogent, ils trient. En Belgique, les jeunes redéfinissent leur rapport aux institutions. Les chiffres parlent d’eux-mêmes: seulement 35,8% des citoyens font confiance aux institutions politiques, selon Statbel, et 47% au gouvernement, d’après l’Organisation de coopération et de développement économiques. Pourtant, l’école et les soins de santé continuent de rassembler plus de 80% de confiance, selon l’Institut wallon de l’évaluation, de la prospective et de la statistique. Le problème n’est donc pas un rejet global de l’autorité, mais une défiance ciblée, dirigée vers le cœur même du système démocratique. Les jeunes, plus critiques, plus exigeants, semblent ne plus se reconnaître dans des institutions politiques qu’ils jugent éloignées, inefficaces ou déconnectées. Derrière ces chiffres se dessine une réalité préoccupante: une génération qui doute, et une démocratie qui peine à convaincre ceux qui devraient en assurer l’avenir.
Dans une étude réalisée par l’Observatoire de l’enfance, de la jeunesse et de l’aide à la jeunesse, 28% des jeunes se disent prêts à participer à une manifestation. Ce niveau relativement faible s’explique notamment par le fait que les jeunes privilégient des formes d’engagement plus en phase avec leur quotidien et leur besoin de résultats rapides, perçus comme moins lents ou moins bureaucratiques.
Une démocratie qui n’écoute pas la jeunesse prend le risque de perdre celles et ceux qui devront pourtant la faire vivre demain.
C’est entre 6 et 18 ans que se façonne en grande partie l’avenir de la société, sur les bancs de l’école, de l’enseignement primaire au secondaire, qu’il soit public ou libre. Une institution aujourd’hui fragilisée par plusieurs décisions récentes de la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB).
Réforme des rythmes scolaires, modifications des cours en secondaire: ces changements s’inscrivent dans le cadre du «Pacte d’excellence», censé, selon la FWB, «renforcer la qualité de l’enseignement». Mais sur le terrain, les critiques se multiplient.
Dans l’enseignement supérieur, la contestation est tout aussi vive. Réforme du décret «Paysage» dans sa version dite «Glatigny», hausse du minerval: autant de mesures qui peinent à convaincre. De nombreux étudiants dénoncent des décisions prises sans réelle concertation et font entendre leur voix, dans la rue ou à travers des pétitions, notamment portées par la Fédération des étudiant·e·s francophones.
Face à cette mobilisation, une question s’impose: les choix de la FWB répondent-ils réellement aux attentes des étudiants?
La défiance des jeunes ne vise pas uniquement les institutions politiques. Elle s’étend aussi à la police et à la justice. Censées protéger et garantir l’égalité, elles sont pourtant souvent perçues comme distantes, voire injustes. Certains jeunes dénoncent un manque de dialogue avec la police ou des contrôles jugés discriminatoires, autant d’éléments qui entament la confiance.
Du côté de la justice, la lenteur des procédures et leur complexité nourrissent un sentiment d’incompréhension. Beaucoup estiment que leurs réalités ne sont pas suffisamment prises en compte.
Comme le résume une formule souvent attribuée à Victor Hugo, «ouvrir une école, c’est fermer une prison». Une idée qui résonne particulièrement aujourd’hui, à l’heure où les jeunes doutent de leurs institutions. Ils ne les rejettent pas, mais réclament d’être entendus. À défaut, la démocratie risque de se couper de celles et ceux qui devraient la faire vivre.
Lorsque les institutions peinent à susciter la confiance, les jeunes se tournent ailleurs pour comprendre le monde et faire entendre leur voix. Et cet ailleurs passe de plus en plus par les réseaux sociaux. À mesure que ceux-ci s’imposent dans leur quotidien, les médias traditionnels voient leur influence reculer auprès des nouvelles générations. Pourtant, les jeunes ne s’informent pas moins, ils s’informent différemment.
TikTok, Instagram, X, YouTube… ces nouveaux formats ont le mérite de rendre l’information plus accessible, plus immédiate et souvent plus vivante. Une génération entière utilise ces plateformes pour s’informer, débattre et même militer. C’est indéniablement une forme d’émancipation.
Mais cette liberté a ses limites. Car l’information circule désormais selon les règles des plateformes et de leurs algorithmes, pas celles de la déontologie journalistique. Les contenus sensationnels priment sur les contenus fiables, la désinformation s’y propage à toute vitesse, et l’utilisateur, sans le savoir, en est la première victime.
La question n’est donc pas de savoir si les jeunes s’informent bien ou mal, mais de la manière dont on doit les accompagner dans cette nouvelle forme de rapport à l’information. Une confrontation entre les anciens et nouveaux médias n’a pas lieu d’être. Au contraire, c’est en unissant leurs forces qu’ils pourront former des citoyens mieux armés face à un paysage médiatique en pleine mutation.
C’est autour des personnes et des thématiques qui entourent ces institutions que ce projet a été construit, pour et par la jeunesse bruxelloise. Reste à savoir si les institutions sauront entendre cette génération qui ne demande pas moins de démocratie, mais une démocratie qui lui ressemble davantage.