Pourquoi la représentation compte
Lorsque j’ai choisi de m’immerger dans ce photo-documentaire, je ne pensais pas qu’il me mènerait au cœur du Cercle Binabi à l’Université Libre de Bruxelles. Très vite, j’y ai découvert un espace où des étudiants afro-descendants sont pleinement eux-mêmes, dans un environnement universitaire parfois codifié et impersonnel. Ce projet s’inscrit dans la thématique Bruxitizen 2026 : jeunesse et institutions. À travers ces images, je m’interroge sur la place de la jeunesse issue de la diversité dans l’institution académique. Il montre comment ces étudiants inventent leurs propres espaces de soutien pour compenser le manque de représentativité et naviguer dans un système exigeant. Mon angle journalistique se concentre sur l’impact de la représentation et de la connivence culturelle. Je souhaite montrer comment ce collectif transforme le sentiment d’être une “exception” en une force concrète, sociale et professionnelle.
Pour ce faire, j’ai capturé des moments de vie contrastés entre l’université et le Cercle : l’immensité des amphithéâtres face à la proximité du local, les instants de concentration solitaire et les échanges animés qui font vivre le quotidien des étudiants.
©BlessingNKOY
L’amphithéâtre Paul-Émile Janson, les étudiants minuscules, réduits à de simples points dans la salle. Bruxelles, mars 2026.
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Ibrahim, 21 ans, étudiant en bachelier en économie de gestion à la Solvay Brussels School of Economics and Management, apparaît, d’abord seul et réfléchi. Puis, il rit avec ses amis, montrant le côté plus ouvert et sociable qu’il a développé au fil du temps. Bruxelles, mars 2026.
“Ce qui m’a attiré, c’est d’abord le côté communautaire afro-descendant, mais c’est surtout cette accessibilité : ici, il n’y a pas d’interview à passer ni de barrières, tu peux juste venir et exister. (…) Ce lieu a vraiment bousculé ma façon de voir l’université, et surtout mes rapports aux autres. Avant, je restais dans ma bulle ; je pouvais passer un mois sans adresser la parole à quelqu’un que je ne connaissais pas, non par calcul, mais simplement parce que je n’en ressentais pas la nécessité. Le cercle a fini par débloquer quelque chose en moi. Aujourd’hui, je peux échanger avec les gens naturellement, sans but particulier. Ce n’est pas que je sois devenu une autre personne ou que je me force, c’est juste que ma vision a changé.
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Un membre prend la parole lors d’une discussion sur l’importance de la représentation dans les médias. Bruxelles, mars 2026.
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Nathan, 23 ans, ancien étudiant en Langues et Lettres
“Ce qui m’a surpris, c’est que ce n’est pas seulement un lieu où l’on se retrouve entre étudiants. C’est aussi une structure assez organisée, avec plusieurs départements. Certains sont dédiés à l’apprentissage, notamment à travers des conférences, des moments de lecture ou d’autres activités intellectuelles. D’autres sont davantage orientés vers l’accompagnement professionnel : ils nous aident à structurer notre parcours, à trouver des stages, à accéder à des opportunités d’emploi et, plus largement, à mieux préparer notre entrée dans le monde du travail. ”
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Nexsel, 23 ans, étudiant en Master d’économie d’entreprise à la Solvay Brussels School of Economics & Management, pose devant la Bibliothèque des sciences humaines Simone Veil (ULB). Bruxelles, mars 2026.
“J’ai découvert le Cercle à la bibliothèque grâce à deux étudiants. À l’université, je m’entends bien avec tout le monde, mais je suis souvent l’un des rares afro-descendants de mon groupe, et il y a des sujets sur lesquels on ne se retrouve pas forcément. Le Binabi est devenu un véritable point d’ancrage : un espace où je retrouve des gens qui partagent les mêmes références, avec qui “on parle la même langue” et où il n’y a pas besoin de s’expliquer (= connivence culturelle). Ce que j’adore aussi, c’est ce côté imprévisible : on ne sait jamais trop comment ça va se passer en entrant dans le local. Parfois, les discussions sont animées, parfois certains sont juste là pour se poser ou dormir, et parfois on se met à jouer aux cartes.”
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Antoine, 19 ans (à gauche), étudiant en bachelier en ingénierie civile, et Aimé, 23 ans (à droite), étudiant en Master de droit, participent à une soirée team building dans le local de la résidence universitaire Nelson Mandela. Bruxelles, mars 2026.
“J’ai grandi dans un environnement assez occidental, et au Binabi, c’était la première fois que je n’étais plus l’exception. Mes cheveux, ma couleur de peau… tout ce qui me distinguait auparavant était devenu banal. Ce qui nous rapprochait, c’était surtout nos expériences de vie. On sait comment la société fonctionne : elle sera toujours moins tolérante avec nous. On sait qu’on doit faire deux fois plus, travailler davantage… C’est pour ça que j’ai choisi des études exigeantes. Le cercle, en tant que collectif, nous apporte un vrai soutien, et cette conscience commune nous aide à avancer sans porter cette pression seuls.” (Antoine)