Derrière les murs de l’académie: la réalité des futurs policiers

Par Fatima Husain

À l’heure où les questions de sécurité publique occupent une place centrale dans le débat social, le recrutement et la formation des forces de l’ordre font l’objet d’une attention particulière. Entre pénurie d’effectifs, exigences du métier et pression médiatique, les académies de police tentent de former des agents capables de répondre aux défis du terrain.

Un enjeu de société

En octobre 2020, Alexander De Croo, alors Premier ministre, annonçait la volonté de recruter environ 1.600 nouveaux policiers afin de renforcer les effectifs. Pourtant, en 2023, seuls 1 043 aspirants inspecteurs ont entamé leur formation dans les académies du pays. Cet écart interroge l’attractivité du métier ainsi que la réalité du recrutement.

Plusieurs zones de police évoquent un nombre de candidatures insuffisant pour répondre aux besoins. Les horaires irréguliers, les exigences physiques et psychologiques du métier, mais aussi la forte médiatisation de certaines interventions policières peuvent peser sur l’image de la profession.

Si les autorités soulignent régulièrement la nécessité d’augmenter les effectifs policiers, les candidatures ne suivent pas toujours les objectifs fixés. La profession, confrontée à des critiques récurrentes et à des conditions de travail exigeantes, peine parfois à séduire les jeunes diplômés.

La formation de base s’étend sur un an. Elle combine des cours théoriques, des exercices pratiques et des stages, avant une immersion concrète sur le terrain. C’est dans ce contexte que Marine, 20 ans, et Matteo, 24 ans, suivent actuellement leur formation. À travers leurs témoignages, ils reviennent sur leur quotidien à l’académie, les compétences qu’ils développent et la manière dont ils envisagent un métier aussi exigeant qu’exposé aux critiques.

Matteo, 24 ans: gérer le terrain et l’autorité

Matteo raconte que son intégration à l’école s’est faite rapidement. «Les formateurs sont très présents et assurent un suivi constant», explique-t-il. Selon lui, la formation ne se limite pas aux cours: les stages permettent de découvrir la réalité du métier, avec des aspects qu’il ne soupçonnait pas avant d’entrer à l’académie.

Une journée type commence à 8 h par le rassemblement et le salut en présence des gradés et inspecteurs. À 8 h 15, les cours débutent: quatre heures de théorie ou de pratique. Matteo insiste particulièrement sur la communication: «On nous apprend différentes méthodes, à rediriger, à résoudre les conflits et à proposer des solutions. Ce n’est que lorsque cela ne fonctionne pas que les injonctions et, si nécessaire, les contraintes peuvent être envisagées.»

Pour lui, les valeurs du métier se transmettent à travers le comportement quotidien et les évaluations. «Les policiers peuvent être filmés et il est essentiel d’adopter un comportement irréprochable, tant pour se protéger que pour respecter la loi», souligne-t-il.

Les futurs agents doivent apprendre à gérer non seulement les situations opérationnelles, mais aussi leur visibilité publique.

La gestion du stress et des situations à risque est également un point clé de la formation. «Lors d’un exercice de fusillade avec des armes factices, le stress monte rapidement. Mais c’est là que l’on observe comment réagir, coordonner les actions et prendre le leadership.» Matteo explique que ces moments permettent de comprendre le rôle de chacun et l’importance de la cohésion au sein d’une équipe sur le terrain.

Certains spécialistes des politiques de sécurité estiment toutefois que la durée actuelle de la formation est relativement courte face à la complexité du métier. Annelies Verlinden, alors ministre de l’Intérieur, déclarait en juin 2022 qu’environ dix mois de formation ne suffisent pas pour préparer pleinement les aspirants policiers aux défis du métier, et elle a évoqué l’idée d’une formation plus longue, inspirée de pays comme la Finlande, où les futurs agents suivent un cursus d’environ trois ans.

Enfin, Matteo réfléchit aux clichés et critiques que la police peut subir: «Une interaction positive avec la police peut donner une bonne image, tandis qu’une expérience négative produit l’effet inverse. La presse n’aide pas toujours, et ces clichés ne sont pas nécessaires.»

Marine, 20 ans: la place des femmes et la perception sociale

Pour Marine, l’intégration à l’académie a été marquée par la dynamique homme-femme: «Il y a énormément de garçons, mais je me sens égale à eux. Pour les filles, il faut vraiment bien s’intégrer dès le début.»

La présence féminine reste encore minoritaire dans certaines promotions, même si les politiques d’égalité cherchent à encourager une meilleure représentation des femmes au sein des forces de l’ordre. Pour certaines aspirantes, l’intégration ne se joue pas uniquement sur le plan académique, mais aussi sur le plan social et relationnel.

Sa journée type ressemble à celle de Matteo, mais son regard sur la formation met davantage l’accent sur la perception sociale et les valeurs. Elle a suivi des cours sur les lois, la fonction policière et des mises en situation pour apprendre à rester calme et éviter la violence. «Les cours de communication vont suivre», précise-t-elle.

Face au stress et aux situations à risque, Marine sait que la pratique viendra avec les stages et les mises en situation réalistes: «L’école paie des acteurs pour certaines simulations, mais rien ne peut vraiment nous préparer aux moments stressants sur le terrain.»

Elle insiste aussi sur la relation police-population: «Si un policier fait une erreur, c’est toute la fonction qui est mise en péril. En classe, on discute de vidéos où un policier agit mal, et mes camarades sont toujours critiques envers ce type de comportement. Ce qui fait notre métier, c’est la relation avec le public.»

La confiance entre la police et la population constitue aujourd’hui un enjeu majeur des politiques de sécurité. Les académies cherchent ainsi à former des agents capables d’intervenir efficacement tout en maintenant un dialogue respectueux avec les citoyens.

Marine évoque enfin les stages de six mois en CDD, véritables immersions dans le métier, où les maîtres de stage évaluent les compétences et l’adaptabilité. «Certains ne valident pas leur stage, car ils ne correspondent pas aux attentes», précise-t-elle.

Entre formation et terrain: des enjeux dépassant le quotidien

Si Matteo insiste sur la gestion du terrain et la coordination en situation de stress, Marine met en avant la place des femmes et la perception sociale. Tous deux reconnaissent les exigences physiques et morales du métier, ainsi que la nécessité d’une communication efficace et du respect des valeurs.

La formation policière apparaît ainsi comme un équilibre fragile entre apprentissage technique, préparation psychologique et intégration des normes éthiques. Les académies doivent aujourd’hui préparer les futurs agents à évoluer dans un environnement où chaque intervention peut être observée, commentée et parfois contestée dans l’espace public.

Pour autant, leurs témoignages positifs ne doivent pas masquer certaines réalités: le nombre d’entrants reste inférieur aux objectifs de recrutement, et la pression sociale et médiatique pèse sur la profession. La formation théorique et pratique fournit des outils solides, mais c’est sur le terrain que se joue réellement la transformation d’un aspirant en policier.

Dans les années à venir, il ne s’agira pas seulement d’embaucher plus d’agents, mais aussi de déterminer quel type de police la société désire et comment la formation peut y répondre. Un enjeu central pour l’avenir de la relation entre police et population.

Fatima Husain

En savoir +

Lire l’article d’Alter Échos: «Police: comprendre les jeunes en dix leçons», Gilissen, P., 7 avril 2015, alterechos.be.

 

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