Jouer du sifflet ( reportage vidéo )

Nous sommes Soukaina et Naïm, deux étudiants de BAC 3 en sciences politiques à l’Université Saint-Louis à Bruxelles. Dans le cadre de notre atelier, dont le thème de l’année porte sur les institutions et dans lequel nous avons choisi de travailler sur la police, encadré par Manon Kleynjans, nous avons réalisé un court film intitulé Ici, vous allez apprendre à jouer du sifflet.

Dès le début de l’atelier, nous nous sommes rendu compte que nous avions tous une image assez simplifiée du métier de policier. C’est justement ce qui nous a donné envie d’aller plus loin, en cherchant à comprendre concrètement comment ce métier est vécu au quotidien une fois sur le terrain.

Cette idée s’est construite petit à petit, notamment grâce à nos discussions en atelier, mais aussi après l’intervention de Maïté Maskens, anthropologue invitée qui travaille sur la diversité dans la police. Elle nous a présenté son travail d’observation du milieu policier à travers une BD qui montre les coulisses du métier. Elle parlait de codes de langage internes, de pratiques qu’on ne voit pas de l’extérieur, mais aussi de certaines tensions autour de la profession. C’est à ce moment-là que nous nous sommes dit que nous voulions confronter ces éléments à un témoignage réel.

Nous avons donc choisi d’interviewer un policier, en nous concentrant sur le décalage entre ce qu’il imaginait avant d’entrer dans la police et ce qu’il vit réellement aujourd’hui.

Trouver quelqu’un n’a pas été simple. Nous avons contacté plusieurs commissariats à Bruxelles, par mail et en nous déplaçant. La plupart du temps, nous n’avons pas eu de réponse, ou alors des refus. Avec le recul, nous comprenons mieux pourquoi: la police reste un milieu très encadré, où tout ce qui est dit est contrôlé. Les policiers ne peuvent pas toujours parler librement, et avec leur charge de travail, ce n’est pas évident de répondre à ce type de demande.

La situation s’est débloquée quand nous sommes passés dans un commissariat à Molenbeek. Une policière nous a conseillé de passer par le service communication, et cela a tout changé. En passant par ce cadre plus officiel, notre demande a été prise plus au sérieux. C’est comme cela que nous avons été mis en contact avec un policier du commissariat d’Uccle, qui a accepté de participer.

Le jour du tournage, nous sommes arrivés vers 9 h du matin, un peu stressés parce que c’était une première pour nous deux. Mais très vite, l’ambiance s’est détendue et l’échange s’est fait assez naturellement.

Soukaina a mené l’interview. «Au début, c’était un peu déstabilisant, parce qu’il répondait parfois déjà à plusieurs questions en même temps. J’ai dû m’adapter au fur et à mesure, ajuster mes questions, et essayer de garder un fil logique. Mais petit à petit, j’ai pris confiance et c’est devenu beaucoup plus fluide.»

Naïm s’est plutôt occupé de l’aspect technique. «Pour ma part, le travail vidéo était quelque chose de complètement nouveau. Nous avions déjà consacré du temps à la technique en atelier, mais le mettre en pratique sur le terrain était différent. J’ai dû apprendre rapidement à utiliser une caméra, un micro, ainsi qu’à bien positionner un trépied. J’avais quelques craintes quant au bon déroulement du tournage le jour de l’interview, mais finalement cela s’est très bien passé. Au commissariat, j’ai mis les équipements en place, vérifié que les micros étaient bien connectés, puis nous avons filmé l’interview. Après analyse de celle-ci, nous avons pu voir que certains éléments étaient perfectibles, notamment le choix de l’objectif, ici trop grand-angle, qui donnait une légère déformation et une sensation de distance, ainsi qu’un problème de ‘shutter’ (vitesse d’obturation) qui a provoqué un effet de scintillement dans la vidéo. Cette première expérience nous a permis de mieux comprendre les exigences techniques d’un tournage.»

L’interview a duré environ 20 minutes, et le fait que le policier soit ouvert a vraiment facilité l’échange.

Ensuite, il y a eu toute la phase de montage. C’est à ce moment-là que nous avons compris que réaliser un film ne se limite pas à filmer: il faut faire des choix, couper, organiser, et surtout décider de ce que nous voulons montrer. Ce travail nous a permis de structurer notre propos et de donner du sens à ce que nous avions récolté.

Finalement, ce projet nous a appris beaucoup. Sur le plan pratique, nous avons découvert ce que cela implique de mener une interview et de gérer un tournage du début à la fin. Mais surtout, nous avons compris que le métier de policier est bien plus complexe que l’image que nous pouvons en avoir. Entre ce que nous imaginons et ce qui est réellement vécu, il y a un écart important, et c’est précisément ce que nous avons voulu mettre en lumière à travers notre film.

Reportage disponible sur nos réseaux sociaux Instagram et Facebook : @bruxitizen

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